
Le pied à terre, le genou aussi
6 mois, la moitié d’une année sans vous donner de nouvelles, j’espère que vous ne m’en voudrez pas, après tout « Pas de nouvelles, bonne nouvelle » n’est-ce-pas ?
A vrai dire, c’est plutôt le cas, mais en relisant mon article du mois de Mars, je me suis rendu compte que j’avais quelques news à vous partager quant à ma vie au Japon, car ce dernier article est sorti à un moment un peu technique de ma vie, et heureusement ma situation a évolué dans le bon sens depuis !
Trève de bavardages, parlons tout d’abord du plus gros changement : le travail !
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Dans mon article du mois de Mars 2024, je vous disais avoir démissionné de mon ancien poste d’ingénieur IT, car les valeurs de l’entreprise, tout comme le salaire et le contenu du job ne me satisfaisaient pas.
S’en est suivie, après une brève parenthèse en France, d’une recherche intense d’emploi afin de trouver mon nouveau gagne-pain, et d’étoffer un peu mon pauvre CV déjà bien ammoché par des décisions de carrière un peu trop frivoles.
Avec seulement 5 mois d’expérience, c’était un peu comme repartir à 0, avec le lourd fardeau de ma démission qui n’a pas manqué d’interroger mes potentiels futurs collègues lors de chaque entretien. En effet, n’importe qui se poserait naturellement la question « Pourquoi a-t-il démissionné après seulement 5 mois ? », et je pense que c’est une question légitime.

Malheureusement, il n’y a pas vraiment de bonne réponse à cette question, et encore moins au Japon où la culture du travail et l’esprit de groupe sont les piliers de la société nippone. Je n’aime pas les généralités, mais au Japon, travailler dans une entreprise signifie plus que simplement gagner de l’argent. On parle ici de donner de son temps et son énergie pour faire prospérer le groupe. Et c’est aussi pour cela que les japonais travaillent autant : quitter le travail avant ses collègues est interprété comme « ne pas s’impliquer autant que les autres, les abandonner ».
Je ne vais pas mentir, c’est une mentalité que je trouve dangereuse et toxique car elle fait peser une charge mentale horrible à toute personne au sein du système, sans parler des problèmes sociaux, voire même de santé que cela peut provoquer.
Tout cela pour dire que quitter le navire après seulement 5 mois, c’est un très mauvais signe pour les recruteurs, qui me voient de fait comme une personne non digne de confiance, pouvant aller voir ailleurs à tout moment… Et comme ils ont raison !
Mentalité d’occidental oblige, ou bien simplement pas l’envie de devenir un esclave moderne, je suis assez inflexible sur la question de la place du travail dans le quotidien. Bien que je sois prêt à faire quelques compromis, j’aimerais garder un minimum de liberté pour entretenir ma vie sociale, ainsi que ma santé physique et mentale, ce qui est déjà une épreuve en tant qu’expatrié (j’y reviens plus tard).

J’enchaine donc les interviews avec les recruteurs, sans grand succès, jusqu’à ce qu’une entreprise que j’ai contactée sur Indeed me propose un entretien en présentiel, chose assez rare pour être soulignée.
L’entreprise est jeune, composée d’une dizaine de personnes entre 20 et 30 ans. Pas d’obligation vestimentaire au travail, une rémunération très correcte pour mon niveau d’expérience, les bureaux situés à 30 secondes à pied d’une bouche de métro… l’entretien se passe à merveille, et je sens que je leur plait également. Si bien que durant ce même entretien, on me propose de rencontrer le Shachou, le PDG de la boîte, directement.
S’en suit une proposition d’embauche, me demandant dans la foulée si je suis disponible dès le lendemain pour commencer à travailler. Un peu sous le choc, mais avec le sourire aux lèvres, j’acceptais donc mon nouveau poste de frontend engineer, poste que je convoite depuis le début de ma reconversion professionnelle !
Je suis toujours au sein de cette entreprise, et bien que je n’aie pas la possibilité de travailler en distanciel, j’aime beaucoup plus l’entreprise, ses valeurs, ses objectifs et ses membres avec qui je m’entends très bien.
Distance, chaleur, surpopulation
Bon, ça c’est pour la partie très positive des news. Maintenant nuançons un peu les propos avec les quelques points négatifs de mon quotidien, ainsi que les autres changements.
Comme j’en parlais quelques lignes au-dessus, je dois me rendre au travail tous les jours, chose qui, j’en ai conscience, est évidente pour la grande majorité de la population active, mais qui change de mon ancien quotidien en full-remote (travail à distance tous les jours).
J’ai désormais 45 minutes de trajet le matin, 45 minutes le soir, me faisant rentrer chez moi aux alentours de 19h30 tous les soirs. Vie tokyoïte oblige, les transports en commun sont rois, et devoir prendre le train en heures de pointes matinales et vespérales (ça veut dire « le soir », j’ai cherché mdr), c’est une vraie épreuve physique et psychologique…
(Je sais que j’ai le discours d’une princesse, mais dans le milieu de l’IT, avoir à venir au bureau tous les jours est assez peu courant car tout ou presque peut se faire a distance. Je ne veux pas avoir l’air d’un pourri gâté et offusquer qui que ce soit avec mes propos, je sais pertinemment la chance que c’est de ne pas avoir à se déplacer tous les jours pour se rendre au travail, pitié ne m’en voulez pas !)

De plus, l’été et ses journées au ressenti de 45 degrès Celsius faisant son apparition de plus en plus tôt dans l’année, je commençais à fatiguer, semaine après semaine. De par la localisation très excentrée de mon logement , même sortir le weekend impliquait des préparations minutieuses, de longs trajets en train, et bien que j’adorais l’appartement, ma chambre et les autres colocs, j’ai pris la décision de déménager pour me rapprocher du centre de la mégalopole.
J’ai trouvé une chambre dans une nouvelle colocation à Nishi-Shinjuku, très proche de l’hypercentre, mais néanmoins dans un quartier très calme et bien desservi par le métro. Le loyer est moins cher que mon ancienne chambre à Omori, et un immense parc ainsi que de nombreux restaurants se trouvent aux alentours. Le temps de trajet entre ma chambre et mon travail est passé à 30 minutes, ce qui est une grosse amélioration bien que pas encore parfait.

Cependant, en comparaison avec l’ancienne colocation, il est difficile de qualifier cette maison de « sharehouse », tant l’esprit de partage et de sociabilisation est absent. Les résidents de cette nouvelle coloc se disent à peine bonjour, aucun évènement de groupe, ni même de repas n’est partagé. Au final je me retrouve avec les inconvénients de la vie en coloc (zones communes, règles, non-propreté) sans les avantages, et je n’envisage donc pas de rester à très long terme ici.
Solitude
C’est un sujet que j’aimerais aborder même si ce n’est pas le plus joyeux, mais depuis quelques mois maintenant, je ressens de plus en plus la solitude qui s’installe dans mon quotidien et mon esprit. Je pense que c’est un trait commun à beaucoup d’expatriés.
Bien qu’il s’agisse d’une décision personnelle, et que ses conséquences soient de mon ressort, j’aimerais tout de même vous partager mon ressenti en essayant de mettre des mots et des exemples pour illuster mes propos. Libre à vous de passer cette catharsis si vous le souhaitez !
Tout d’abord, j’aimerais commencer par expliquer ma décision de quitter la France il y a maintenant 2,5 ans. Pour celles et ceux qui me connaissent, vous devez savoir que je ne me suis jamais vraiment senti à ma place en France. Je suis français, suis né et ai vécu en France jusqu’à mes 26 ans, et pourtant je n’ai jamais eu la sensation de rentrer dans le moule.

Mentalité, culture, j’ai toujours ressenti et pensé être différent, et cela a provoqué un mal-être m’ayant poussé à m’essayer à une nouvelle vie, en l’occurence au Japon, qui me semblait mieux correspondre à mes valeurs et mes centres d’intérêt.
Dès mon arrivée en 2022, j’ai goûté à l’euphorie du nouveau départ, et ce dans les meilleures conditions possible : fin du Covid, retour à l’école, sharehouse incroyable, et tout ça avec mon meilleur ami qui m’a suivi dans cette nouvelle aventure.
Si vous avez lu mes articles (merci au passage !), vous avez dû suivre mes péripéties pour intégrer la société japonaise étape par étape, en commençant par l’apprentissage du japonais, puis la recherche d’emploi. J’ai fait de mon mieux pour essayer de rentrer dans ce nouveau moule, mais il y a cependant une difficulté de taille : je ne suis pas japonais de naissance.
Il est quasiment impossible de s’approprier une culture en arrivant dans un nouveau pays comme cela, et je pense que ça s’applique dans n’importe quel pays du monde. De fait, j’essaye de rentrer dans un moule qui ne semble pas vouloir de moi, peu importe mes efforts. J’aime mon quotidien au Japon, bien plus que lorsque j’étais en France, mais j’ai encore une fois cette sensation de ne pas appartenir complètement à ce nouvel environnement.
Après, c’est quelque chose dont j’avais conscience avant mon départ, surtout vu la réputation du Japon par rapport à l’intégration des étrangers, mais le vivre et surtout le réaliser sont une autre histoire !

Il ne tient qu’à moi de trouver les réponses à mes questions. Avec le temps j’apprendrai à accepter mes tourments et à aller de l’avant, je n’en doute pas !
Pourquoi je vous parle de tout ça ? Outre le fait que j’ai certainement besoin d’exprimer ce que je ressens à l’instant T, je me suis dit qu’il est aussi important de relater les difficultés qu’on peut rencontrer en tant qu’expatrié. Tout n’est pas tout rose et il ne faut pas se fier uniquement à ce qu’on peut voir sur les réseaux sociaux où tout semble toujours parfait !
Je réalise que ma famille et mes amis me manquent cruellement, et même si je ne donne pas beaucoup de nouvelles, sachez que je pense souvent à vous ! ❤
Conclusion
Pas mal de changement ces derniers mois, globalement positifs, et bien que j’ai beaucoup de choses en tête, je reste persuadé que les mois à venir seront plein de positif ! Comme d’habitude merci d’avoir lu cet article, et je vous dis à la prochaine !










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