Reculer pour mieux sauter

Reculer pour mieux sauter

L’Hiver et ses journées fraîches arrive timidement à son terme, les couleurs vives du Printemps font leur apparition, et pour accompagner ce moment de transition, quoi de mieux qu’un petit article pour vous tenir au courant de ce qui s’est passé dans ma vie en ce début d’année 2024 ?

Pour être honnête avec vous, peu de choses se sont passées, mais elles sont néanmoins importantes et méritent que j’en parle dans cet article !

Vie professionnelle

On commence par le gros morceau, le travail. Dans mon article précédent Rétrospective 2023, j’évoquais mes doutes concernant les conditions de travail au sein de mon entreprise. Qualité du travail, pertinence des tâches demandées, rémunération, j’avais beaucoup d’interrogations concernant ce poste.

Il y a quand même eu du changement après les premiers mois de « formation ». Je vais d’ailleurs parler de celle-ci afin d’étoffer mon cahier de doléances.

Formation

Lors de mon entrée dans l’entreprise, en tant que novice dans le domaine, on nous a promis une formation sur 3 mois, censée nous inculquer les rudiments de la programmation informatique de manière générale, mais également plus ciblée avec notamment l’apprentissage du langage Java (un des langages les plus courants et versatiles dans le milieu du développement).

Cette formation devait se dérouler en 2 temps : la partie bachotage, avec des créneaux alloués sur le temps de travail pour étudier, puis la partie pratique OJT (On-Job-Training) où l’on devait utiliser ce qu’on avait appris en conditions réelles avec un tuteur. Le tout étant une formation financée par le gouvernement, l’entreprise touchait bien évidemment des subventions. Au terme de la formation, on nous demandait de passer un examen officiel afin d’obtenir une certification reconnue.

Un joli pont du palais impérial de Tokyo

Sur le papier, ça à l’air sympa. Dans les faits, on nous a simplement fourni 2 gros livres de bachotage pour l’examen, et souhaité bonne chance. Bien sur, aucun créneau d’étude n’était alloué, et il nous fallait étudier par nous même quand on le pouvait, sur notre temps libre. Egalement, pas de tuteur, ni même de projet pour nous faire la main.

Concernant la certification, les frais d’inscription s’élèvent à environ 300€ par participation au test. Le premier passage était financé par l’entreprise, mais en cas d’échec, il faudrait payer soi-même les prochains essais…

Pour résumer, l’entreprise touchait de l’argent, sans prodiguer ladite formation, nous poussant à étudier sur notre temps libre, et en prime nous demandant de remplir un carnet de route afin de le transmettre aux organismes de subvention comme preuve.

Bref, maintenant que j’ai craché mon venin, revenons à nos moutons et à pourquoi j’ai eu la sensation que les conditions de travail ont changé après la formtion.

Accélération

Après cette formation donc, j’ai eu un entretien avec mon manager direct pour discuter de ma position au sein du projet dans lequel j’évoluais, mais de manière plus générale pour prendre la température sur ma situation dans l’entreprise.

C’était une occasion en or pour moi de m’exprimer, car pour une fois j’avais l’occasion de rencontrer mon manager face-à-face dans les locaux de l’entreprise de Tokyo. Etant à 100% en distanciel, je le rencontrais pour la première fois, en vrai, après 3 mois…

Jusque là, le projet était sous-traité à l’étranger, et la plupart des « développeurs » de notre équipe étaient des personnes qui n’avaient jamais écrit une ligne de code de leur vie. Leur simple intérêt pour le domaine de l’IT, couplé à la « formation » devant leur permettre d’évoluer, leur a permis d’intégrer l’entreprise.

De ce fait, j’étais le seul qui pouvait utiliser ses connaissances pour écrire du code et résoudre les tâches, au lieu de bêtement les traduire en anglais avant de les transmettre au sous-traitant.

Je fais donc part de mon envie de traiter plus de tâches concrètes au manager, et ce dernier, très compréhensif, me promet qu’il y aura du changement dans la façon de procéder au sein du projet. Pour une fois, ce n’était pas un mensonge.

Les semaines qui suivèrent s’en sont trouvées bien plus intéressantes, car je pouvais enfin m’exprimer et effectuer des tâches pertinentes à mon poste. De plus, le projet en question étant du développement web, c’était exactement ce qui me correspondait.

Le lever du Soleil de nouvel an, tradition ici, la plage de Enoshima en a fait les frais !

Personnellement, j’apprends beaucoup et je pense plutôt bien me débrouiller… voir même trop bien. Après quelques semaines, je sens le gap se creuser avec le reste de mon équipe, qui lui n’a pas encore les compétences requises pour le développement web. Eux se focalisant sur l’apprentissage de Java, il s’avère que ce dernier n’était pas utilisé dans notre projet, nullifiant son utilité à l’instant présent.

Excès de vitesse

En intégrant progressivement la charge de travail auparavant sous-traitée, je me suis retrouvé naturellement à montrer la voie à mes coéquipiers, y compris à mes senpai (Collègues ayant intégré l’entreprise avant moi).

J’étais sur tous les fronts : écriture de code, répartition des tâches de la journée pour l’équipe, soutien technique, j’étais devenu, en l’espace de quelques mois, la personne à qui on s’adresse quand quelque chose ne va pas dans le projet.

J’ai même dû m’occuper de gérer 2 employés étrangers qui ne pouvaient pas parler Japonais, et leur donner des tâches alors même que ces derniers avaient plusieurs années d’expérience dans le milieu.

Ce rythme effréné a continué de s’accentuer, jusqu’au point où j’ai dû faire des journées de 10 à 12 heures pour essayer de combler le retard qu’avait pris le projet. Ce retard était notamment dû à la mauvaise qualité du code produit par le sous-traitant, couplé à de mauvaises bases du projet (Documents illisibles, cahier des charges peu clair, mauvaise utilisation des outils, problèmes de communication…).

Bref, tout cela en étant toujours en période d’essai, payé 1000€ net par mois pour 40h/semaine dans la capitale d’un pays développé… Bizarre.

Pour information, cela correspond à environ 2.4 millions de yens brut par an, bien loin de la majorité de développeurs touchant de 6 à 9 millions de yens. (cf Statistiques développeurs Tokyo 2023)

Décision

Réalisant de plus en plus l’absurdité de ma situation, j’ai commencé (ou plutôt continué) à chercher du travail en parallèle, jusqu’au point où j’ai pris une décision radicale : démissionner de mon poste.

C’était une idée qui me trottait dans la tête depuis trop longtemps. Il fallait que je fasse quelque chose, mais difficile de chercher activement du travail quand ses propres heures de travail se chevauchent avec celles des potentiels recruteurs.

C’est après un entretien individuel avec le PDG de l’entreprise que j’ai pris ma décision. D’un côté lui était très satisfait de mon développement dans l’entreprise, et me proposait logiquement un CDI. De l’autre côté, je lui partageais mes sources d’insatisfaction quand à la rémunération, auxquelles il m’a simplement répondu qu’il n’y aurait pas d’augmentation significative : 5% contre les 50% que je demandais.

50%, ça paraît beaucoup, mais en réalité cela m’apporterait un salaire à peine correct par rapport à ce que les développeurs de ma branche obtiennent à Tokyo en 2024.

Je lui ai donc annoncé ma démission, et ai officiellement effectué mon dernier jour le 29 Février 2024.

La skytree tower, toujours aussi majestueuse

Sans regret

Je sais que j’ai beaucoup parlé en mal de mon entreprise, mais en réalité, j’ai vécu une expérience très formatrice durant ces 5 mois, et j’ai gardé de très bons contacts avec mes anciens collègues, chose qui me tient particulièrement à coeur.

Maintenant, j’ai donc officiellement 3 mois (un peu plus de 2 au moment où cet article est publié) pour retrouver du travail avant que mon visa de travail soit remis en question. En effet, bien que je ne perde pas mon visa en cas de perte d’emploi, il est nécessaire de retrouver un poste dans les 3 mois. Logique, car posséder un visa de travail sans travail ne fait pas vraiment sens.

Me retrouvant donc avec une montagne de temps libre, j’ai décidé qu’il était temps, après 2 ans, de venir faire un coucou à mon pays natal, la France !

Voyage en France

Maintenant, parlons de quelquechose de plus léger, parlons de ce retour en France qui me tenait tant à coeur. C’était mon objectif numéro 1 de cette année, et sans ma démission, je pense qu’il aurait été difficile à réaliser. Profitant donc de l’occasion, je saute dans le premier avion et me voila parti pour 32 heures de trajet (oui, j’ai pris le billet le moins cher :p).

Je vais pas mentir, c’était long, mais quel plaisir de retrouver ses proches après autant de temps hors de son nid!

C’est une sensation indescriptible, et j’irai même jusqu’à dire que j’étais littéralement sous le choc pendant les 3 premiers jours. Alors que 2 ans se sont écoulés, remplis de nombreuses aventures, et plus généralement d’une nouvelle vie de l’autre côté du globe, revenir en France m’a donné l’impression de sortir d’un très long rêve et de retrouver le Florian d’avant son départ.

Le matin, en me réveillant dans mon ancienne chambre, celle où j’ai passé la majeure partie de ma vie, je passais 5 bonnes minutes à regarder autour de moi pour vérifier si je ne rêvais pas.

Pour celles et ceux qui ont déjà vu le film Inception, j’avais la même sensation que la scène vers la fin du film où le personnage se réveille dans l’avion, et où le spectateur ne sait pas si ce qu’il voit est réel ou non.

Mes premières interactions en Français se sont révélées… disons particulières. Le premier matin, je suis allé à la boulangerie acheter du pain. Je n’ai jamais été aussi stressé de parler à la boulangère de toute ma vie. Les codes sociaux et la langue sont tellement différents entre la France et le Japon que j’en avais presque oublié une partie après autant de temps hors du pays.

Heureusement, on n’oublie pas ses origines, et le Français revient très rapidement (l’accent du Nord avec…). Pendant cette dizaine de jours, j’enchaînais les visites et repas, et ça m’a fait du bien de retrouver toutes ces personnes.

Pour certaines, beaucoup de choses ont changé : enfants, mariage, maison… Pour d’autres, je les retrouvais intactes, et dans un cas comme dans l’autre, j’ai pu partager du temps comme si je n’étais jamais parti et que ces 2 ans n’étaient juste qu’une ellipse narrative au milieu de notre histoire commune.

Duel au sommet

Bien que la météo ait été un peu capricieuse, j’ai quand même pu visiter un peu la France, et notamment découvrir la ville de Lyon qui m’a séduit de par sa culture et son architecture !

J’ai pu également retrouver Lille, ville où j’ai passé 5 ans de ma vie pour les études, et il faut dire : qu’est ce qu’elle est jolie cette ville !

Après cette dizaine de jours hors du temps (littéralement, le décalage horaire a fait des dégâts), il a fallu retourner dans son fief. J’étais content de rentrer et revoir tout le monde, mais j’étais aussi impatient de rentrer et retrouver mes marques au Japon. Pour moi, être satisfait autant au départ comme à l’arrivée, est le signe d’un voyage réussi, et j’espère un jour pouvoir retourner en France pour déguster de bons mets avec les copains !

Et maintenant ?

Maintenant que cette parenthèse est terminée, il faut retourner au charbon et s’atteler à trouver un nouveau poste. Le loyer ne se paye pas tout seul, et l’horloge tourne pour le visa.

J’ai déjà commencé et ai réalisé quelques entretiens, mais le marché étant très compétitif à l’heure actuelle, il va me falloir un peu de temps et beaucoup de détermination pour décrocher la perle.

En attendant, je profite de ces derniers jours d’hiver pour peaufiner mon japonais, m’instruire sur différents sujets d’actualité comme les cryptomonnaies, ou simplement passer du temps avec mes amis, enchainant les 花見(hanami), qui consistent à explorer les parcs en quête de cerisiers en fleurs et à s’installer à l’ombre de ces derniers.

Conclusion

Ce début d’année aura été marqué par deux évènements majeurs pour moi : mon voyage en France, et ma démission. Cette dernière n’étant pas à prendre à la légère, je dois faire de mon mieux pour retrouver un emploi au plus vite pour garder mon titre de séjour ici. J’ai cependant de bons espoirs, d’autant plus que la période est propice aux recrutements.

Je vous tiendrai bien évidemment au courant de tout cela, mais d’ici là, je vous souhaite une bonne continuation et plein de bonnes choses !

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